Le Réveil Lozère 27 janvier 2021 a 11h00 | Par Sophie Chatenet

Patrick Bénézit : « Une PAC qui maintient des agriculteurs nombreux et qui créé de l’économie »

Patrick Bénézit, agriculteur dans le Cantal et président de la Copamac¹, milite pour une PAC économique garante de la diversité des productions, d’agriculteurs nombreux sur les territoires, et génératrice de valeur des produits.

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Patrick Bénézit porte la voix des agriculteurs du grand Massif central en qualité de président de la Copamac.
Patrick Bénézit porte la voix des agriculteurs du grand Massif central en qualité de président de la Copamac. - © DR

 

A l’heure où la construction du Plan stratégique national (PSN), outil central de la nouvelle PAC, doit démarrer, quelle ligne doit selon vous guider les pouvoirs publics ?

Patrick Bénézit : En premier lieu, fort de la pression syndicale du réseau FNSEA-JA, on peut se féliciter du maintien quasi stable du budget de la PAC avec un premier pilier à -2% et un second pilier à +6%. C’était loin d’être gagné. C’est un premier pas, car reste désormais à garantir l’efficience de la PAC. Nous agriculteurs du grand Massif central, des zones de montagne et défavorisées et de tous les massifs français défendons une PAC économique qui permette d’orienter les soutiens vers les agriculteurs très prioritairement voire exclusivement. Nous avons formulé des propositions à travers un livre blanc (voir par ailleurs), qui sont en parfaite adéquation avec les enjeux de souveraineté alimentaire détaillés par le Président de la République. Nous militons pour une PAC qui serve la diversité des productions, la valeur des produits, le nombre d’agriculteurs, et non pas pour une PAC qui privilégierais une logique des hectares illimités qui conduiraient de fait à aseptiser et à détruire la valeur de nos productions en créant des rentes de situation.

En quoi selon vous, la PAC peut-elle accompagner le retour de valeur à la production, question centrale pour l’avenir de l’agriculture ?

P.B. : On l’oublie souvent, quand il est question de la PAC, on pense d’abord aux aides, mais dans le cadre de la PAC, il existe des leviers et des outils de gestions de marché, permettant de tendre vers l’objectif des Ega : à savoir une meilleure rémunération des producteurs. Des règlements européens comportent des ouvertures sur la constitution d’entente de producteurs sans pour autant être taxé de cartel. Nos pouvoirs publics doivent profiter de ces derniers rounds de négociation pour s’en emparer afin de donner plus de moyens aux producteurs.

Le volet environnemental est encore très présent dans la PAC avec l’enjeu pour des zones comme le grand Massif central de la reconnaissance de l’existant…

P.B. : Nous souhaitons que certaines logiques environnementales reconnaissent en effet en priorité les efforts déjà faits par les agriculteurs. Des pratiques extrêmement vertueuses existent, il convient aujourd’hui de les rémunérer sans en ajouter d’autres. Au regard de la dynamique de l’élevage herbager, de la polyculture élevage, et de tous les aménités positives de l’agriculture du Massif central sur l’environnement, l’éco-scheme (éco-dispositif) doit de fait être important pour nos zones.

En quoi le maintien des aides couplées est-il stratégique pour l’économie agricole ?

P.B. : Les aides couplées sont une nécessité vitale pour les productions qui les perçoivent. Le budget qui leur est alloué doit rester identique, il ne doit pas être diminué de quelques manières que ce soit. On peut évidemment envisager qu’elles puissent évoluer pour s’adapter aux attentes sociétales, et force est de constater qu’elles n’en sont pas loin, notre modèle d’élevage étant largement plébiscité par nos concitoyens, ou pour répondre à des considérations d’ordre techniques de productivité. Mais il sera suicidaire de vouloir amoindrir leur portée en baissant leur budget.

Sur l’ICHN (indemnités compensatoires de handicaps naturels), là-aussi vous défendez le principe d’adéquation avec les réalités du terrain et d’équité…

P.B. : L’ICHN est un soutien vertueux, parce qu’il est dégressif et plafonné. Cette aide a un vrai effet pour maintenir des productions dans des zones difficiles, mais également des actifs et de l’emploi. Malgré sa revalorisation lors de la dernière PAC en zones de montagne et défavorisée, elle est encore très loin de couvrir l’ensemble des handicaps de ces zones difficiles. C’est pourquoi, nous demandons qu’elle soit renforcée. L’ICHN doit rester cibler sur l’élevage afin de ne pas accentuer la problématique des zones intermédiaires.

Le ministre de l’Agriculture semble particulièrement sensible à la situation des zones intermédiaires. Comment la Pac peut-elle les accompagner ?

P.B. : Il y a besoin d’accentuer la politique d’investissement sur ces zones, et de limiter la perte de l’élevage par un maintien des aides couplées. Il est clair que pour les gens qui sont au-dessous des niveaux de soutien, de manière très factuelle, plus la convergence des aides sera rapide plus ces zones là seront soutenues. Parallèlement, il peut aussi s’imaginer aussi d’autres mesures spécifiques. De manière générale, la PAC doit accompagner l’investissement et l’innovation et être assortie d’une politique de gestion des risques entièrement mutualisée.

Sur la convergence des aides, quelle position porte le grand Massif central et plus globalement les massifs français ?

P.B. : Les massifs ont toujours soutenu une politique qui maintient des agriculteurs nombreux et qui créé de l’économie. Pour nous, le paiement redistributif a du sens, et pas seulement dans les zones d’élevage, mais également dans certaines zones végétales, comme la Limagne par exemple. Nous préférons, et préfèrerons toujours des fermes à des firmes. Dans le même sens, il est absolument nécessaire d’avoir une politique d’installation forte, qui là-aussi prenne en considération les handicaps et spécificités des territoires, par la déclinaison de la DJA (Dotation jeune agriculteur).

Propos recueillis par Sophie Chatenet

¹ Structure professionnelle composée des Présidents des Chambres d’Agriculture et des Syndicats jeunes et aînés des départements du grand Massif central : Allier, Ardèche, Aude, Aveyron, Cantal, Corrèze, Creuse, Haute-Loire, Haute-Vienne, Hérault, Loire, Lot, Lozère, Puy-de-Dôme, Rhône et Tarn.

 


Les éleveurs de ruminants font front commun

L’Alliance des éleveurs de ruminants, qui réunit les associations spécialisées de la FNSEA (FNB, Fnec, FNPL, FNO), a publié, la semaine dernière, leur position commune sur la PAC. Le collectif fait six propositions. La première est de « maintenir les aides couplées à leur niveau actuel » (13% de l'enveloppe des aides directes, +2% pour les protéines végétales). La seconde demande est de « revaloriser l'ICHN » et de conserver un ciblage sur les seules productions animales, en particulier les élevages de ruminants, car « cette activité économique est la seule à même de maintenir dynamisme et lien social sur des territoires subissant de forts handicaps naturels ». Troisième position : « un paiement redistributif fort », pour « valoriser la présence d'actifs sur les territoires ». La quatrième concerne le « schéma vert » du premier pilier (éco-régimes) : prioriser les « services environnementaux existants » de l'élevage de ruminants. La cinquième est de permettre aux éleveurs de renforcer leur « autonomie fourragère » dans la cadre de la conditionnalité de la Pac. Enfin, sur la gestion des risques, ils demandent les outils « les plus efficaces et les moins coûteux ».

Une position commune des agriculteurs de tous les Massifs français

Les agriculteurs des Alpes, de Corse, du Jura, du Massif central, des Pyrénées et des Vosges ont décidé d’unir leurs voix, leurs atouts et leurs propositions pour définir une feuille de route collective pour la prochaine Politique Agricole Commune. Ils ont bâti ensemble un livre blanc intitulé « Quelle politique pour l’agriculture de montagne dans la future PAC » où ils formulent des propositions concrètes :

  • Maintenir à leur niveau actuel les aides couplées, dont dépend entièrement, aujourd’hui, la survie de leurs exploitations familiales. Et à travers elles, de l’ensemble des « biens publics » qu’elles génèrent.
  • Renforcer l’ICHN et la cibler sur l’élevage, pour mieux compenser les surcoûts subis par les agriculteurs de massif, qui nuisent à la compétitivité de leurs produits.
  • Rémunérer en priorité les services environnementaux réels et existants rendus par les exploitations herbagères et les surfaces pastorales (stockage de carbone, préservation de la biodiversité, …) dans le cadre du futur « schéma vert » (« eco-scheme ») du premier pilier.
  • Maintenir l'éligibilité des surfaces agropastorales aux aides surfaciques en consolidant notamment les modalités de déclaration et de contrôle de ces surfaces qui prennent en compte leurs spécificités.
  • Permettre aux exploitations de massifs de renforcer leur « autonomie » fourragère et protéique, à travers une conditionnalité principalement orientée vers cet enjeu.
  • Garantir la présence d’actifs sur les territoires de massif à travers un paiement redistributif fort.
  • Soutenir l’installation en zone de massif, à travers le maintien d’une majoration de la Dotation Jeunes Agriculteurs.
  • Déployer, sur certains territoires, des aides utiles à l’accompagnement de la structuration de certaines filières pour la création de valeur ajoutée.
  • Assurer le maintien d’aides à l’investissement spécifiques adaptées aux projets d’exploitations des territoires de massif, ciblées prioritairement vers la modernisation des bâtiments et les grands enjeux structurant de l’économie agricole de montagne.
  • Doter les agriculteurs d’outils de gestion des risques efficaces, entièrement mutualisés, notamment en ce qui concerne le risque climatique.

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