Le Réveil Lozère 23 juillet 2022 a 08h00 | Par Sophie Chatenet, Patricia Olivieri

Tous les indicateurs de coûts de production augmentent : éleveurs, exigez le juste prix !

Comme le prévoit la loi Égalim, les éleveurs doivent exiger d'être payés aux coûts de production, selon les indicateurs interprofessionnels qui viennent d'être mis à jour. Détails.

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Comme le prévoit la loi Égalim, les éleveurs doivent exiger d'être payés aux coûts de production, selon les indicateurs interprofessionnels qui viennent d'être mis à jour. Détails. © PAMAC Comme le prévoit la loi Égalim, les éleveurs doivent exiger d'être payés aux coûts de production, selon les indicateurs interprofessionnels qui viennent d'être mis à jour. Détails. © PAMAC  © PAMAC Comme le prévoit la loi Égalim, les éleveurs doivent exiger d'être payés aux coûts de production, selon les indicateurs interprofessionnels qui viennent d'être mis à jour. Détails. © PAMAC

L'Ipampa viande bovine sur le mois de mai 2022 vient de sortir. Sans surprise en raison de l'explosion des charges, son indice progresse à 135,1 points (contre 133,7 points à fin avril). De plus, sur le mois de mai 2022, en complément de l'Ipampa, la partie rémunération éleveur est revalorisée sur la base de l'indexation du Smic (+2,65 %). Mécaniquement, les indicateurs interprofessionnels de coûts de production augmentent dans toutes les catégories, y compris pour les broutards dont la commercialisation doit obligatoirement faire l'objet d'un contrat depuis le 1er juillet dernier.

La sécheresse dans la plaine du Pô a bon dos...

Les images de la sécheresse historique qui frappe le nord de l'Italie ont fait le tour des chaînes d'information la semaine dernière : le Pô, dont la cote est descendue de près de dix mètres, laissant réapparaître des carcasses de navires bombardés durant la Seconde Guerre... Effet papillon contestable, la pression sur les cours du broutard ne s'est pas fait attendre dans les cours des fermes cantaliennes comme en témoigne un éleveur : « Le négociant m'a dit qu'à cause de la sécheresse, les Italiens avaient interdiction d'irriguer, que les rendements du maïs allaient forcément reculer et que les engraisseurs allaient le mettre au méthaniseur plutôt que dans l'alimentation des bovins... Ce qui, d'après lui, justifiait un prix du broutard en baisse. Il voulait me les acheter 3,20 EUR, j'ai tenu bon, ils sont partis à 3,35. » Un témoignage qui fait sortir de ses gonds le président de la fédération nationale bovine (FNB), Bruno Dufayet : « Il fait sec dans la plaine du Pô comme il a fait sec ici dans le Cantal ces dernières années. Bizarrement depuis cinq ans, je n'ai jamais entendu des opérateurs français s'inquiéter de la sécheresse en France... Que les Italiens en jouent, c'est le jeu, mais que les négociants français mordent à l'hameçon aussi vite et tête baissée, cela montre qu'ils n'ont toujours pas assimilé les chiffres de la décapitalisation (encore - 3 % depuis janvier, ndlr) ni tout le travail interprofessionnel qu'on est en train de conduire », s'agace le responsable cantalien qui s'attendait en cette période estivale à voir poindre un argument pour enrayer la tendance haussière du prix des animaux. Bruno Dufayet balaie d'un revers le lien de causalité supposé entre cet événement climatique et une pression à la baisse sur le prix du maigre : « S'il doit y avoir une problématique, c'est sur la nourriture, donc logiquement les Italiens pourraient importer moins d'animaux. Là on veut nous faire croire qu'en baissant les prix, ils vont pouvoir nous prendre un million de broutards ! » Une hérésie en plein choc inflationniste sur les charges en élevage, estime-t-il. « On (Interbev) a actualisé à fin mai le coût de production du broutard : il est passé à 3,95 EUR/kg* et sur juin ça va forcément encore augmenter du fait des nouvelles hausses sur les carburants. On est donc encore loin, même avec les cours actuels, de couvrir nos coûts de production. » Au passage, le président de la FNB ne manque pas de noter que cet argument est brandi à la veille d'une semaine naturellement tronqué en termes de commerce et transport par le férié du 14 juillet auquel devraient s'ajouter les restrictions de transport d'animaux liées à la canicule.

* Coût de production génisses : 6,85 EUR, et 5,85 EUR pour les vaches.

A retenir

La décapitalisation bovine s'accélère : On constate une baisse de 650 000 vaches (laitières et allaitantes) entre 2016 et 2021 et de 388 000 vaches allaitantes pour arriver en décembre 2021 à 3,64 millions. Alors que le rythme de baisse était autour de 2,5 % à l'automne 2021, il est proche des 3 % depuis le début d'année 2022.
Baisse du nombre d'éleveurs : -24 % d'éleveurs allaitants entre 2010 et 2020, d'après les données du recensement agricole tandis que la moitié des vaches sont détenues par des éleveurs de plus de 50 ans.
Exiger le prix de revient est une obligation : L'écart avec les prix payés au producteur s'est réduit pour certaines catégories mais pas pour toutes.

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la phrase de la semaine

J’ai singulièrement envie d’avancer sur le dossier des haies

avait déclaré Marc Fesneau, le 16 novembre lors de la remise des prix de l’Afja (journalistes agricoles).